Un homme en perdition. Rupture de ban, rupture de passé. On
ne sait pas vraiment pourquoi. Lui-même, sans doute, ne le sait
pas davantage. Partir, seule issue. Seul possible d’un monde
devenu désincarné. Réalité unique et concrète
pour sortir de là. De là ou il est, la situation dans
laquelle il se trouve. Sans l’avoir provoquée ni même
voulue. Le pire : impossible à qualifier, à déterminer, à conclure.
C’est là. Pénible et péremptoire. Aussi
raide qu’un abandon. Aussi sec qu’une mauvaise langue.
Il ne sait pas. Encore ce que c’est.
Lui, c’est Gabriel. La bonne vingtaine bientôt 30, des
yeux clairs posés sur les passantes. Les rues, les gens, la
boulangerie du coin, la une des quotidiens. Paris. Est une petite
ville pour ceux qui la détestent. Et veulent la fuir. Il habite
encore un deux pièces du vingtième, 5ème sans
ascenseur, vue sur cour, coin kitchenette, sdb wc séparés.
Ne fait plus qu’y dormir, dortoir à rêves, chambre
insomniaque. Bosse encore, Gabriel, dans une société de
services. Il dit « sévices » et n’en pense
pas moins. Se mord les doigts chaque jour d’engraisser le veau
d’or. La manne improbable de ces vers qui parasitent sa pomme.
C’est lui qui le dit, Gabriel. Sa pomme, sa tête, son
cerveau. Persillée, trouée, mitonnée comme jamais.
Il lui arrive souvent de repenser à cette pub d’un étonnant
cynisme, dans un magazine. Une banque. Et la promesse de faire de
ses clients des « capitalistes ». Et de leur apprendre
commet y réussir. Il n’invente rien. Ne fait que se
souvenir. Vois encore sous ses yeux – clairs mais assombris – cet
encart si placidement vulgaire. A chier, à gerber s’était-il
dit. En lisant cette monstruosité, juché sur son trône.
Roi decs avait-il pensé, intérieurement et sans honte.
Roi decs. Après ça, il avait tiré la chasse
et s’était désabonné de ce canard de vendus.
Avant d’aller travailler. Essentiel.
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